lundi, novembre 09, 2009

Dernière tentative au K2


le monde
vendredi 28 septembre 1979
K2 : Dernière tentative
SKABDU 25 SEPTEMBRE. -C'était l'assaut de la dernière chance. Au matin du 14 septem¬bre, une première équipe de deux grimpeurs a quitté une nouvelle fois le camp II à 6 300 m pour reprendre l'ascen¬sion de l'arête sud-sud-ouest du K2, évacuée quelques jours plus tôt par les cordées de pointe qui, depuis le 1er septembre et malgré des conditions atmosphériques épouvantables, ten¬daient de vaincre, tout près du 'sommet, les dernières défenses de la montagne.
[Finalement, 'après dix jours terribles au cours desquels Thierry Leroy parvint à atteindre l'altitude de 8 500 m, voyant à une centaine de mètres au-dessus de lui la fin des difficul¬tés, Bernard Millet, patron de l'expédition, avait été contraint .d'ordonner un repli général.
En effet ,1e temps ne s'arran¬geait pas et les deux derniers .essais effectués par G. Coudray et J.-C. Mosca le' 10 septembre et X. Fargeas et Y. Ghirardini le 11 septembre, n'avaient pas permis de progresser. Marqués par le froid, épuisés, les alpinistes étaient chaque fois redes¬cendus au campIV en décla¬rant : C'est l'enfer, là-haut. Il n était impossible de continuer ainsi. Impossible d'essayer d'es¬calader sans oxygène à 8 500 m des rochers, difficiles et vergla¬cés par des températures de — 30 à — 40° que le vent rendait plus insoutenables encore. C'était un combat surhumain, risqué et vain. D fallait atten¬dre des temps meilleurs, aban¬donner une fois de plus des positions si chèrement conqui¬ses et surtout permettre aux grimpeurs de refaire leurs for¬ces afin qu'ils soient prêts à effectuer une nouvelle tentati¬ve si, par hasard, le ciel voulait bien le permettre.
Une tentative qui, de toute manière, serait la dernière car maintenant l'hiver s'est installé sur les hautes, cimes du Karako-rum où, chaque jour, le froid devient plus intense.
Or, voilà que le 14 septembre, alors que tout semblait perdu, le soleil s'est mis à briller sur la formidable chaîne dont tous les sommets étaient dégagés, ce
qui ne s'était pas vu depuis des semaines.
Était-ce le début d'une longue période de beau temps ? On n'osait le croire. Quoi qu'il en soit, l'expédition n'avait plus le choix, c'était aujourd'hui ou jamais.
Et l'ultime assaut a été lancé. Quatre cordées devaient se succéder à 24 heures d'interval¬le.
D'abord, D. Monaci et P. Beghin, ensuite G. Coudray et M. Barrard, puis Y, Seigneur et X. Fargeas, enfin J.-C. Mosca et Th. Leroy, l'équipe de la derniè¬re chance. Quatre cordées qui devaient tenter de gravir les derniers et si durs passages de la pyramide sommitale, qui voulaient arracher la victoire et mettre ainsi un point final à cette extraordinaire aventure commencée au début du mois de juillet sur la seconde monta¬gne du monde.
Au soir de ce 14 septembre, les membres de l'expédition fran¬çaise, pourtant éprouvés par plus de deux mois d'une lutte incessante, étaient relative¬ment optimistes. Ds croyaient
encore au succès, à une victoire obtenue au dernier moment Mais, pour cela, il fallait que le ciel les favorise enfin, reste': serein quelques jours. Quatre jours de beau temps pour achever magistralement une grandiose ascension-Était-ce trop demander ? Telle était la situation à la mi-septembre!! dans le Karakorum au moment' où nous avons quitté le camp dejj base, échelon précurseur des l'expédition vers le bas de vallée du Balhoro.  Hélas, au cours de notre marche de retour, nous avons vu la-neige blanchir à nouveau les montagnes jusqu'à 4 000 m d'al¬titude environ™              ,
Quel temps faisait-il alors plus haut sur le K2 ? Difficile de le savoir ; toutefois, il semble dou¬teux que les grimpeurs français aient pu atteindre, comme ils l'espéraient encore tellement, le sommet vers le 20 ou le, 22 septembre, le dernier 'délai qu'ils.s'étaiént fixés.           «
Mais sait on    jamais.  Ils étaient si près du but! 
Claude FORGET